Science et Outre-Mer

EXPERTISE. La recherche Scientifique en Outre-Mer, excellence et pertinence à l’épreuve de la pandémie Covid-19.

La science moderne est essentiellement tournée vers l’acquisition de savoirs et de développements technologiques innovants. La recherche scientifique s’accompagne d’une très forte exigence de qualité. Malgré les évolutions progressives apportées notamment par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur et par l’Agence nationale de la recherche, l’évaluation des chercheurs et de leurs structures reste essentiellement quantitative : le nombre de publications dans des journaux à comité de lecture, de communications dans des congrès internationaux et de brevets constitue le principal mètre-étalon.

Cette recherche porte traditionnellement peu d’attention à la contextualisation des problématiques qu’elle aborde. Cela a souvent conduit à ne pas valoriser les recherches partant du « terrain » et par conséquent à négliger ou à minimiser les opportunités en termes de progrès social et de développement économique, notamment à l’échelle locale. Or, c’est précisément à cette échelle que les besoins des Outre-mer sont les plus prégnants. C’est dans ce contexte que nous plaidons pour un modèle où « excellence » et « pertinence » seraient les deux faces d’une même médaille, celle qui garantirait aux territoires ultramarins d’être à l’avant-garde du développement local et durable pour le bien-être de leurs populations.

Schématiquement, il y a deux approches, chacune ayant sa légitimité. La première est principalement dictée par une démarche d’excellence, définie selon les standards internationaux ; ses partisans espèrent que les résultats de leurs travaux profiteront in fine à tous, par ruissellement, mais sans en fixer les échéances.

La seconde, dans la lignée d’Albert Calmette, de Louis Pasteur ou de Marie Curie, est soutenue par les tenants du développement d’une recherche qui, tout en étant elle-même excellente et très exigeante quant à sa démarche intellectuelle et à sa méthode, est également soucieuse des applications possibles de ses travaux au bénéfice des populations. C’est à cette seconde approche que se rattache le concept de pertinence. Ce dernier se construit sur deux idées fortes : d’une part, l’appropriation au niveau local des projets et de leurs objectifs et, d’autre part, la perspective d’un progrès social et économique à échéance raisonnable. Le pilotage de la première approche est plutôt « centralisé » (jacobin), celui de la seconde plutôt « décentralisé ».

Les nombreuses problématiques spécifiques auxquelles est confronté l’ensemble des Outre-mer nécessitent l’acquisition de connaissances qui ne peuvent émerger de projets de courte durée, conçus dans le cadre d’une approche de type « programmatique » conduite au niveau national ou international. C’est au contraire une approche de type ascendant « bottom-up », s’appuyant sur des propositions émanant des institutions ultramarines compétentes, qui serait la plus idoine. L’ancrage local de la programmation scientifique que nous appelons de nos vœux s’appuie sur le constat qu’il est aujourd’hui très difficile de développer des projets de recherche qui soient pertinents pour les Outre-mer, s’ils n’entrent pas en résonance avec les préoccupations de la recherche nationale ou internationale [1].

bit.ly/2SdCPUX